
L'idée de progrès -- amélioration indéfinie -- est rien moins que moderne. Elle est probablement aussi ancienne que la plus ancienne tentative réussie de l'homme pour améliorer ses conditions matérielles et pour accroître, par son habilité technique, ses capacités d'attaque et de défense. L'habileté technique, depuis des siècles au moins, a été trop précieuse pour être méprisée. A présent qu'elle est développée à un degré extraordinaire, elle a été, plus qu'autrefois, saluée comme une chose presque divine. [Photo : Savitri Devi en Inde, vers 1935.]
Des légendes merveilleuses ont toujours entouré, par exemple, des hommes dont on disait qu'ils étaient capables, par quelque moyen, de s'élever physiquement au-dessus du sol, que ce soit Etana d'Erech qui s'élevait vers les cieux "porté sur les ailes d'un aigle", ou le fameux Icare, infortuné précurseur de nos aviateurs modernes, ou le frère de Manco Capac, Auca, qu'on disait doté d'ailes "naturelles", qui ne fonctionnèrent finalement guère mieux que les ailes artificielles d'Icare.
Mais à part ces exploits incroyables d'une poignée d'individus, les Anciens dans leur ensemble se distinguaient par de nombreuses réussites matérielles. Ils pouvaient se vanter du système d'irrigation de Sumer; de la construction des pyramides, faisant preuve à la fois en Egypte et, des siècles plus tard, en Amérique Centrale, d'étonnantes connaissances astronomiques; des bains et des égouts du Palais de Knossos; de l'invention du char de guerre après celle de l'arc et de la flèche, et de celle du sablier après celle du cadran solaire -- assez pour les rendre ivres de suffisance et d'excès de confiance dans la destinée de leurs civilisations respectives.
Pourtant, bien qu'ils reconnaissaient pleinement la valeur de leur propre travail dans le domaine pratique, et qu'ils conçurent sûrement la possibilité -- et peut -être en acquirent la certitude -- d'un progrès technique indéfini, ils ne crurent jamais au progrès comme un tout, au progrès dans tous les domaines, comme la plupart de nos contemporains semblent le croire. Contre toute évidence, ils s'accrochaient fidèlement à l'idée traditionnelle de l'évolution cyclique et ils avaient, en plus de cela, le bon sens d'admettre qu'ils vivaient (en dépit de toutes leurs réussites) seulement au début d'un long processus de déclin, constituant leur propre "cycle" particulier -- et le nôtre. Qu'ils aient été Hindous ou Grecs, Egyptiens ou Japonais, Chinois, Sumériens ou Anciens Américains -- ou même Romains, les plus "modernes" parmi les peuples de l'Antiquité -- ils plaçaient tous "l'Age d'Or", "l'Age de la Vérité", le règne de Kronos ou de Râ, ou de quelque autre dieu sur terre -- le glorieux Commencement du lent, et déclinant, déploiement de l'Histoire, quelque soit le nom qu'on lui donne -- bien loin derrière eux dans le passé.
Et ils croyaient que le retour d'un Age semblable, prédit dans leurs textes sacrés et leurs traditions orales respectifs, dépendait non pas de l'effort conscient de l'homme, mais de lois de fer, inhérentes à la nature même de la manifestation visible, tangible et immanente des lois cosmiques. Ils croyaient que l'effort conscient de l'homme n'est qu'une expression de ces lois en action, dirigeant le monde, bon gré mal gré, là où sa destinée se trouve; en un mot, que l'histoire de l'homme, comme l'histoire des autres êtres vivants, n'est qu'un détail dans l'histoire cosmique sans début ni fin; une conséquence périodique de la Nécessité interne qui relie tous les phénomènes dans le Temps.
Et tout comme les Anciens pouvaient accepter cette vision de l'évolution du monde tout en tirant pleinement avantage de tout le progrès technique à leur portée, de même des milliers d'hommes peuvent encore aujourd'hui s'élever -- et le font -- dans la clarté de cultures millénaires centrées sur les mêmes conceptions traditionnelles, ainsi que, au sein même des arrogantes cultures industrielles, quelques individus isolés capables de penser par eux-mêmes. Ils contemplent l'histoire de l'humanité selon une perspective similaire.
Tout en vivant apparemment comme des hommes et des femmes "modernes" -- utilisant des ventilateurs et des fers à repasser électriques, des téléphones et des trains et des avions, quand ils en ont les moyens -- ils nourrissent dans leurs coeurs un profond mépris pour la suffisance infantile et les espoirs illimités de notre époque, et pour les diverses recettes destinées à "sauver l'humanité", répandues par des philosophes et des politiciens zélés. Ils savent que rien ne peut "sauver l'humanité", car l'humanité arrive à la fin de son cycle actuel. La vague qui la porte depuis tant de millénaires est sur le point de se briser, avec toute la furie due à la vitesse acquise, et de se fondre une fois de plus dans la profondeur de l'Océan immuable de l'existence indifférenciée. Elle s'élèvera à nouveau, un jour, avec une majesté brutale, car telle est la loi des vagues. Mais en attendant
rien ne peut l'arrêter.
Infortunés -- et stupides -- sont ces hommes qui, pour quelque raison connue d'eux-mêmes -- probablement à cause de leur surestimation de ce qu'ils ont à perdre dans le processus -- voudraient l'arrêter. Les privilégiés -- les sages -- sont ces quelques hommes qui, étant pleinement conscients de l'indignité croissante de l'humanité actuelle et de son "progrès" tant applaudi, savent combien il y a peu à perdre dans le désastre à venir et qui le regardent dans une attente joyeuse, comme la condition nécessaire d'un nouveau commencement -- un nouvel "Age d'Or", crête ensoleillée de
la prochaine grande vague descendante, à la surface de l'Océan infini de la Vie.
Pour ces privilégiés -- parmi lesquels nous nous plaçons -- toute la succession des "événements actuels" apparaît selon une perspective entièrement différente à la fois de celle de ceux qui croient désespérément au "progrès" et de celle de ces gens qui, bien qu'acceptant la conception cyclique de l'histoire et considérant donc le désastre futur comme inévitable , sont désolés de voir courir à sa perte la civilisation dans laquelle ils vivent. Pour nous, les clinquantes idéologies en "isme" auxquelles nos contemporains nous demandent de faire allégeance, aujourd'hui en 1948, sont toutes également futiles : destinées à être trahies, vaincues et finalement rejetées par la majorité des gens si elles contiennent quelque chose de vraiment noble; destinées à connaître un succès bruyant, pour le temps présent, si elles sont suffisamment vulgaires, prétentieuses et matérialistes pour plaire au nombre grandissant d'esclaves mécaniquement conditionnés qui rampent sur notre planète, croyant être des hommes libres; toutes destinées à se révéler finalement inutiles.
Les religions jadis honorées, de moins en moins à la mode à présent que les "ismes" de l'époque actuelle deviennent de plus en plus populaires, ne sont pas moins futiles, si ce n'est pire : structures de la superstition organisée, vide de toute vraie perception du Divin ou -- chez les gens plus sophistiqués -- simples aspects conventionnels de la vie sociale, ou systèmes d'éthique (et d'une éthique très élémentaire) assaisonnés d'un saupoudrage de rites et de symboles démodés, dont presque personne ne se préoccupe plus de rechercher le sens d'origine : des instruments dans les mains des hommes habiles au pouvoir, pour endormir les nigauds dans une obéissance permanente; des noms commodes, autour desquels il est facile de rassembler des aspirations nationales ou des tendances politiques convergentes, ou juste le dernier recours des faibles et des fanatiques : voilà, en pratique, tout ce qu'elles sont -- tout ce à quoi elles ont été réduites en l'espace de quelques siècles -- toutes sans exception. En fait, elles sont mortes -- aussi mortes que les anciens cultes qui avaient fleuri avant elles, avec la différence que ces cultes ont depuis longtemps cessé d'exhaler l'odeur de la mort, alors qu'elles (les soi-disant religions "vivantes") sont encore au stade auquel la mort est inséparable de la décomposition. Aucune -- ni le christianisme, ni l'islam, ni même le bouddhisme -- ne peut aujourd'hui espérer "sauver" quoi que ce soit de ce monde qu'elles avaient jadis partiellement conquis; aucune n'a plus de place normale dans la vie "moderne", qui est dans son essence dépourvue de toute conscience de l'éternel.
Il n'y a pas d'activités dans la vie "moderne" qui ne soient futiles, sauf peut-être celles qui visent à satisfaire sa faim : faire pousser du riz; faire pousser du blé; ramasser des noisettes dans les bois ou des pommes de terre dans son jardin. Et la seule et unique politique raisonnable ne peut être que de laisser les choses suivre leur cours et attendre le Destructeur à venir, destiné à nettoyer la Terre pour l'instauration d'un nouvel "Age de la Vérité" : celui que les Hindous nomment Kalkî, et qu'ils saluent comme la dixième et dernière incarnation de Vishnou; le Destructeur dont la venue est la condition de la préservation de la vie, en accord avec les lois éternelles de la Vie.
Nous savons que tout cela sonnera comme une folie totale pour ceux, toujours plus nombreux, en dépit des horreurs inouïes de notre époque, qui restent convaincus que l'humanité est "en progrès". Cela apparaîtra comme du cynisme même à beaucoup de ceux qui acceptent notre croyance dans l'évolution cyclique, qui est la croyance universelle, traditionnelle, exprimée sous une forme poétique dans tous les textes sacrés du monde, y compris la Bible. Nous n'avons rien à répondre à cette dernière critique, car elle est entièrement basée sur une attitude émotionnelle qui n'est pas la nôtre. Mais nous pouvons essayer de montrer la vanité de la croyance populaire dans le "progrès", ne serait-ce que pour souligner la rationalité et la force de la conception cyclique.
Les partisans de la croyance dans le "progrès" avancent de nombreux arguments pour prouver -- à eux-mêmes et aux autres -- que notre époque, avec tous ses inconvénients indéniables, est globalement
meilleure que toute époque du passé, et même qu'elle montre de clairs signes d'amélioration. Il n'est pas possible d'analyser tous ces arguments en détail. Mais on peut facilement détecter les erreurs cachées dans les arguments les plus répandus et apparemment les plus "convainquants".
Tous les avocats du "progrès" insistent énormément sur des choses telles que l'instruction, la "liberté" individuelle, des chances égales pour tous les hommes, la tolérance religieuse, et plus "d'humanité", le progrès dans ce dernier domaine englobant toutes les tendances qui s'expriment dans la préoccupation moderne pour la protection de l'enfance, la réforme des prisons, l'amélioration des conditions de travail, l'aide de l'Etat aux malades et aux miséreux et, sinon une plus grande gentillesse, du moins une moins grande cruauté envers les animaux. Les éblouissant résultats obtenus, depuis les dernières années, dans l'application des découvertes scientifiques aux activités industrielles et à d'autres activités pratiques, sont bien sûr les plus populaires de tous les exemples utilisés pour montrer combien notre époque est merveilleuse. Mais nous ne discuterons pas de ce point, car nous avons déjà clairement dit que nous ne dénions ou minimisons en aucune manière l'importance du progrès
technique. Ce que nous dénions est l'existence de tout progrès dans la valeur de l'homme en tant que tel, que ce soit sur le plan individuel ou collectif, et nos réflexions sur l'instruction universelle, et autres "signes" d'amélioration hautement louangés dont nos contemporains tirent fierté, viennent toutes de cet unique point de vue.
Nous croyons que la valeur de l'homme -- ainsi que la valeur de toutes les créatures, en définitive -- ne réside pas dans le simple intellect, mais dans l'âme; dans la capacité de refléter ce que, faute d'un mot plus précis, nous choisirons d'appeler "le divin", c'est-à-dire ce qui est vrai et beau, au-delà de toute manifestation; ce qui demeure éternel (et donc intangible) à travers tous les changements. Nous le croyons avec la différence que, à nos yeux -- contrairement à ce que les chrétiens maintiennent -- la capacité de refléter le divin est étroitement liée à la race et à la santé physique de l'homme; en d'autres mots, l'âme n'est pas indépendante du corps. Et nous ne voyons pas en quoi les différentes améliorations que nous constatons aujourd'hui dans l'éducation ou dans le domaine social, dans le gouvernement ou même dans le domaine technique, ont amélioré les individus, hommes ou femmes,
dans ce sens, ou créé un type de civilisation nouveau et durable dans lequel les possibilités de perfectionnement global de l'homme, ainsi conçues, seraient encouragées.
Progrès? -- Il est vrai qu'aujourd'hui, au moins dans tous les pays bien organisés (typiquement "modernes"), presque tout le monde sait lire et écrire. Mais à quoi cela sert-il? Etre capable de lire et d'écrire est un avantage -- et un avantage considérable. Mais ce n'est pas une vertu. C'est un outil et une arme; un moyen pour une fin; une chose très utile, aucun doute; mais pas une fin en soi. La valeur ultime de l'instruction dépend de la fin pour laquelle elle est utilisée. Et pour quelle fin est-elle généralement utilisée aujourd'hui. Elle est utilisée pour l'utilitaire ou pour le divertissement, par ceux qui lisent; pour quelque publicité, ou quelque propagande contestable -- pour gagner de l'argent ou obtenir du pouvoir -- par ceux qui écrivent;
quelquefois bien sûr, par les deux, pour acquérir et répandre la connaissance désintéressée des quelques choses dignes d'être connues; pour trouver ou pour exprimer les quelques conceptions profondes qui peuvent élever un homme à la conscience des choses éternelles, mais
pas plus souvent qu'aux jours où un homme sur dix mille pouvait comprendre le symbolisme de l'écriture.
Généralement, aujourd'hui l'homme ou la femme que l'éducation obligatoire a rendu "instruit" utilise l'écriture pour communiquer des questions personnelles à des amis et des parents absents, pour remplir des formulaires -- l'une des occupations internationales de l'humanité civilisée moderne -- ou pour garder en mémoire des petites choses utiles mais insignifiantes, telles que l'adresse ou le numéro de téléphone de quelqu'un, ou la date de quelque rendez-vous chez le coiffeur ou le dentiste, ou la liste des vêtements propres à payer à la blanchisserie. Il ou elle lit "pour passer le temps" parce que, en-dehors des ennuyeuses heures de travail, la simple réflexion n'est plus assez intense ni intéressante pour servir ce but.
Nous savons qu'il y a des gens dont toute la vie a été orientée vers quelque belle destinée par un livre, un poème -- une simple phrase -- lue pendant leur enfance, comme Schliemann, qui dépensa sans compter dans des fouilles archéologiques la fortune patiemment rassemblée dans ce but pendant quarante ans de labeur monotone, tout cela pour l'amour de l'impression laissée sur lui, enfant, par l'immortelle histoire de Troie. Mais de tels gens ont toujours existé, même avant que l'éducation obligatoire ne devienne à la mode. Et les histoires
entendues et gardées en mémoire n'étaient pas une moindre inspiration que les histoires lues aujourd'hui.
Le véritable avantage de l'instruction généralisée, s'il en est, doit être recherché ailleurs. Il ne réside pas dans la meilleure qualité ni des hommes ni des femmes exceptionnels, ni des milliers de gens instruits, mais plutôt dans le fait que les derniers deviennent rapidement plus paresseux intellectuellement, et par conséquent plus crédules que jamais -- et
non pas moins -- plus faciles à tromper, plus faciles à diriger comme des moutons sans même l'ombre d'une protestation, à condition que les absurdités qu'on souhaite leur faire avaler leur soient présentées sous forme imprimée, avec une apparence "scientifique". Plus le niveau général d'instruction est élevé,
plus il est facile pour les gouvernants de contrôler la presse quotidienne, la radio, et l'édition -- ces modernes moyens d'action sur les esprits, presque irrésistibles, pour garder les masses et "l'intelligentsia" sous contrôle, sans même qu'elles le suspectent.
Parmi les gens en majorité analphabètes, mais plus réfléchis, ouvertement gouvernés à la manière ancienne, autocratique, il pouvait toujours arriver qu'un prophète, interprète des dieux ou des aspirations collectives authentiques, s'élève entre l'autorité séculière et le peuple. Les prêtres eux-mêmes ne pouvaient jamais être tout-à-fait sûrs de garder le peuple sous contrôle pour toujours. Les gens pouvaient choisir d'écouter le prophète si ça leur plaisait. Et ils le faisaient, quelquefois. Aujourd'hui, partout où l'instruction universelle est répandue, les interprètes de la vérité éternelle -- les prophètes -- ou même les défenseurs désintéressés de changements ponctuels, pratiques, ont de moins en moins de chances d'apparaître. La pensée sincère, la pensée
vraiment libre, prête à remettre en question, au nom de l'autorité supra-humaine ou au nom de l'humble bon sens, la base de ce qui est officiellement enseigné et généralement accepté, a de moins en moins de chances de s'épanouir.
Il est bien plus facile, nous le répétons, d'asservir un peuple instruit qu'un peuple illettré, aussi étrange que cela puisse paraître à première vue. Et l'asservissement a plus de chances d'être durable. Le véritable avantage de l'instruction universelle est de resserrer l'emprise du pouvoir gouvernemental sur les masses stupides et vaniteuses. C'est probablement pourquoi on nous met dans la tête, depuis le berceau, que "l'instruction" est un tel avantage. Bien sûr, le seul véritable avantage est la capacité de penser par soi-même. Et cela a toujours été et sera toujours le privilège d'une minorité, jadis reconnue comme une élite naturelle et respectée. Aujourd'hui, l'éducation de masse obligatoire et la littérature de plus en plus standardisée destinée à des cerveaux "conditionnés" -- des signes marquants du "progrès" -- tendent à réduire cette minorité à la plus petite proportion possible; en fin de compte, à la supprimer complètement. Est-ce cela que désire l'humanité? Si c'est le cas, l'humanité perd sa raison d'être, et plus tôt viendra la fin de cette soi-disant "civilisation", mieux cela vaudra.
Ce que nous avons dit de l'instruction peut à peu près être répété à propos de ces deux autres grandes gloires de la démocratie moderne : la "liberté individuelle" et l'égalité des chances pour chaque personne. La première est un mensonge -- et un mensonge de plus en plus sinistre quand les chaînes de l'éducation obligatoire se resserrent de plus en plus autour de tout l'être des gens. La seconde est une absurdité.
L'une des plus étranges inconsistances du citoyen moyen du monde moderne industrialisé est la manière dont il critique toutes les institutions des civilisations plus anciennes et meilleures, comme le système des castes des Hindous ou le culte familial incontournable de l'Extrême-Orient, pour la raison qu'ils tendent à limiter la "liberté de l'individu". Il ne réalise pas à quel point sont exigeants -- non, annihilants -- les commandements des autorités collectives auxquelles il obéit (la moitié du temps, sans le savoir), comparés avec ceux des autorités collectives traditionnelles, dans des sociétés apparemment moins "libres".
Les gens soumis aux castes ou à la famille en Inde ou en Extrême-Orient ne sont peut-être pas autorisés à faire tout ce qu'ils veulent, dans de nombreux aspects relativement insignifiants et dans quelques aspects réellement très importants de la vie quotidienne. Mais ils sont libres de croire ce qu'ils veulent, ou plutôt ce qu'ils peuvent; de se sentir en accord avec leur propre nature et de s'exprimer librement sur un grand nombre de questions essentielles : ils sont autorisés à conduire leur vie spirituelle de la manière qu'ils jugent la plus sage pour eux, après avoir rempli leurs devoirs envers la famille, la caste et le roi.