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On dit qu'un jour, Julien tenta d'organiser une procession à travers les rues de Constantinople, en l'honneur de Dionysos, le dieu de la Joie impétueuse, et de la Vie exubérante. Mais il était déjà trop tard, et la tentative se termina par un échec. La procession ne fut qu'un spectacle ridicule, et en revenant le soir, après la fin de la cérémonie, Julien était aussi triste que si ses yeux avaient vu tout le sombre avenir du Monde méditerranéen. On raconte qu'il était assis dans les jardins de son palais, devant les vieux blocs de marbre, à demi-caché par le lierre, lorsqu'un ami fidèle, devinant la cause de sa tristesse, lui demanda : "A quoi d'autre t'attendais-tu? Ce sont les jours de notre mort. Quel était ton dessein, en ordonnant cette procession? Que désirais-tu?". L'Empereur le regarda silencieusement; alors, écartant le lierre, il lui montra ce qui se trouvait derrière : un chef d'oeuvre de quelque artiste des anciens jours : une procession en l'honneur de Dionysos, gravée dans du marbre blanc; un sourire de la jeunesse du Monde; une image de la beauté : "c'est cela, que je désirais". C'était à l'époque où le grand Samudra Gupta régnait sur l'Inde. Oh! Si seulement Julien avait pu voir quelle abondance de beauté continuait à s'exprimer partout ici, dans la vie quotidienne et dans les festivités, et dans les processions en l'honneur des dieux et des déesses, si proches des siens! Si seulement il avait pu voir que le paganisme aryen pourrait vivre et s'épanouir à jamais, dans ce pays luxuriant; que l'Inde préserverait la jeunesse du Monde, d'âge en âge, à travers un avenir sans fin! Alors, certainement, il aurait béni ce grand pays, avec des larmes de joie. Allez seulement à Madura ou à Rameswaram, de nos jours, et regardez une véritable procession hindoue, avec les éléphants portant sur leurs fronts les signes immémoriaux de santal et de vermillon, et les draperies de soie et d'or flottant sur leurs dos, et tombant jusqu'au sol; avec les flûtes et les tambours, et les torches projetant leur lumière sur les corps de bronze à demi-nus, aussi beaux que de vivantes statues grecques; avec les chars recouverts de fleurs, tournant lentement autour des fontaines sacrées. Regardez seulement la foule fervente, des centaines et des milliers de pèlerins, venus de toutes les régions de l'Inde, jetant des fleurs au passage des chars. Et au-dessus de tout cela, au-dessus des eaux calmes, de la foule magnifique, des puissants piliers, des énormes tours pyramidales, brillant dans la lumière de la lune...au-dessus de tout cela, il y a le ciel phosphorescent. Regardez simplement une scène ordinaire de la vie hindoue : une ligne de jeunes femmes marchant à l'intérieur d'un temple, un jour de fête. Drapées dans des saris brillamment colorés, étincelantes de bijoux, une à une elles viennent, les gracieuses filles de l'Inde, avec des fleurs dans leurs cheveux, avec des fleurs et des offrandes dans leurs mains. A l'arrière-plan : des huttes de chaume, parmi les hauts cocotiers et les rizières verdoyantes tout autour : la beauté de la campagne indienne. Une à une elles viennent...comme les jeunes filles d'Athènes autrefois, dont nous voyons l'image en haut du Parthénon. L'amoureux de la Beauté, Julien, l'adorateur du Soleil, si seulement il avait pu les voir, aurait dit, contemplant la réalité de son propre rêve : "c'est cela que je voulais".
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